Bien caché derrière mon ordinateur
La mâchoire m’est tombée en visualisant ce petit film destiné aux enfants et publié par France 5 il y a quelques jours. On y voit un affreux personnage se faire dûment rappeler à l’ordre par le héros Super-Hadopi. Va pour le concept.
Mais je suis resté proprement sidéré, et blessé, par le déluge de mensonges grossiers que l’animation fait passer au public. “Et la musique, donne-moi ça toi, l’musicien !” s’exclame en lui arrachant sa guitare le vilain téléchargeur nommé… Super-Crapule. Consternation.
On aurait pu débattre du fond, en commençant peut-être par expliquer la différence profonde et inaliénable entre les objets matériels et l’information, ou peut-être en corrigeant les erreurs les plus éclatantes, mais visiblement les créateurs portent tellement de mauvaises intentions à ma génération que je me mets à leur en porter, à mon tour.
Ce que je me suis demandé, tout de même, c’est comment toutes ces personnes créatives engagées dans le processus artistique et de production ont pu parvenir à plonger les mains dans ce paquet dégoulinant. La graphiste en dessinant le gros tracteur-à-télécharger polluant à roues cloutées, l’acteur en enregistrant les énormités (“Les artistes, ils ont l’honneur de m’divertir, ça suffit pas ?”), la scénariste en choisissant son vocabulaire (“crapule”, “magouilleur”, “souk”), et tous les responsables éditoriaux en charge de la diffusion, n’ont-ils pas trébuché une seule fois dans leur travail ? L’avaient-ils vraiment à cœur, ce portrait malodorant, était-il fait de fins de mois pas rondes, de manque de courage, ou bien de vraies opinions dogmatiques sur le comportement de leurs enfants ?
Mesdames, messieurs de l’Hadopi, ah, je télécharge “comme un furieux”, ah, je “m’gave comme un ouf” sur le dos des artistes ? Super-Crapule, vraiment ? Il me vient l’envie d’accepter le titre… j’ai maintenant mon opinion sur la Super-matière dont est faite votre Haute Autorité.


