Ne souhaite pas se prononcer
Les cavaliers subtils de la HADOPI partagent avec nous cette semaine une nouvelle perle, au sein d’un sondage commandé par le SNEP (rappelez-vous, le syndicat du doigt levé). On y trouve cette question qui a piqué mon intérêt :
Parmi les 3 moyens suivants, quel est selon vous le plus efficace pour lutter contre le téléchargement illégal de contenus sur Internet ?
- Que les internautes ne puissent plus accéder aux sites illégaux (filtrage)
- Une démarche pédagogique avec l’envoi de mails d’avertissement
- Le fait d’encourir une sanction judiciaire en cas de téléchargement illégal
- Ne souhaite pas répondre
Sur le fond, je peux bien comprendre que les personnes interrogées y perdent un peu le nord. En effet, les “sites illégaux” qui font enrager le SNEP n’existent pas — c’est le téléchargement lui-même, et non l’instruction permettant de l’effectuer1, qui est illégal. On pouffera en tombant sur le terme “démarche pédagogique” qui semble décrire un simple système de menace par e-mail. Quand à la sanction judiciaire, elle existe depuis longtemps — le téléchargement illégal est qualifié de contrefaçon et passible de trois-cent mille euros d’amende et trois ans de prison2.
Mais pour une fois, c’est la forme de la question qui me choque. Ici, la question (“quel est le moyen le plus efficace”) n’a pas d’issue. Elle pose ces trois “moyens” comme inévitables, incontournables : il faut en choisir un. La seule porte de sortie, “ne souhaite pas se prononcer”, laisse un goût amer, puisqu’elle regroupe les indécis, les indifférents, les pressés-d’en-finir-avec-le-questionnaire, et, ceux qui trouvent la question invalide.
Lorsque j’avais douze ans à peu près, ma maman m’avait appris un truc terrible tandis qu’elle conduisait la voiture : pour influencer les réponses à un questionnaire, il suffit de reformuler les questions. “Pensez-vous vraiment qu’Olivier est un imbécile” et “Pensez-vous qu’Olivier effectue son travail de façon compétente” permettent chacune d’obtenir des taux de satisfaction différents. La formulation de la question est aussi un bon moyen de filtrer et de guider son public. Rien de tel que d’irriter un répondant pour le faire sortir du circuit. Rien de tel, non plus, pour rassurer les autres lors d’une question difficile, que de ne leur proposer que trois options simples à comprendre.
Mais comme le monsieur de l’IFOP, l’institut qui a effectué le sondage, nous annonce sans rire qu’il ne croit pas que les résultats des sondages influencent l’opinion publique, je ne sais plus trop quoi penser.
Le sondage commandé par le SNEP, vous pensez :
- qu’il est tel que ce que j’en pense
- qu’il est presque tel que ce que j’en pense
- ne souhaite pas se prononcer
- Un fichier torrent, ou un lien magnet, n’est qu’un tout petit numéro qui permet d’aller chercher sur des dizaines d’autres ordinateurs éparpillés le contenu que l’on recherche. [↩]
- C’est la loi. [↩]

